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Moulay Hafid Elalamy. TYCOON OU TARTUFFE ?

maroc-hebdo.press.ma | 18 Octobre 2018


Actualité Maroc | AmalJOB

Admiré ou détesté, souvent controversé, l’homme d’affaires Moulay Hafid Elalamy est un bulldozer médiatique et politique. Assurances, santé, immobilier, éducation, sport, médias… Le fringant ministre de l’industrie touche à tout. Parfois avec des scandales retentissants.

Flamboyant, il l’est assurément. Il porte beau, souvent avec un complet bleu –sa couleur préférée– et un regard d’acier tourné sur l’économie marocaine. C’est l’alliance –ou la synthèse– entre le business et la politique. Quel parcours! Une véritable «success story» qui n’est comparable qu’à une poignée d’autres profils de même dimension comme Othman Benjelloun, Aziz Akhannouch, Anas Sefrioui, ce club très fermé de milliardaires, ou presque, en dollars selon le classement Forbes.

Un profil bien contrasté, à tous égards. Son cursus a été marqué par une sorte de «made in ONA», où il a fait une partie de sa carrière. Son image reste encore passablement brouillée par l’affaire du cabinet de courtage Agma, filiale de la holding royale, nourrissant bien des rumeurs… Il s’en est toujours défendu en expliquant dans le détail la régularité de toutes les opérations de vente de 16% de ses parts … à l’ONA. Un jackpot en février 1999, Agma est alors valorisée sur le marché à plus de 400 millions de dirhams, soit deux fois et demie son prix initial. Une connivence avec Fouad Filali, alors président de l’ONA, circule dans le monde des affaires.

Son entrée au gouvernement se fait en octobre 2013, à la tête du département de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique. Il s’y distingue par des chantiers tous azimuts. Le risque de conflit d’intérêts pointe et il sera vivace. En janvier 2016, le voilà encore sur la sellette à propos d’une convention entre son groupe d’assurance Saham et le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch. Celle-ci vise la commercialisation d’une assurance multirisque agricole avec des primes largement subventionnées par l’Etat.

Une opération controversée
Le tollé est général et l’application de cette convention est alors gelée. Au début de cette année 2018, c’est la cession en mars de Saham Finances au géant sud-africain Sanlam, pour un montant de plus d’un milliard de dollars qui est considérée comme «le casse de siècle». Une opération controversée par suite d’un amendement apporté au projet de loi de Finances 2018 exonérant de droits d’enregistrement les cessions faites à la Bourse de Casablanca –une plus-value de 400 millions de dirhams qui a allégé la facture de l’opérateur sud-africain. De quoi relancer le procès de conflit d’intérêts, Mohamed Boussaïd (RNI) étant alors ministre de l’Économie et des Finances.

Moulay Hafid Elalamy? Bien des facettes et le goût du risque. Il a restructuré la CGEM lors de son mandat de président (2006-2009) et assuré son ouverture à l’international; il s’est activement redéployé en Afrique; il voit grand avec la la Cité Mohammed VI «Tanger Tech», une cité industrielle chinoise de 200 entreprises, de 10 milliards de dollars d’investissement et de 100.000 emplois directs prévus en dix ans. De quoi trancher avec l’extrême prudence et la frilosité de ses collègues ministres et des patrons privés.

Volontiers provocateur
Lors de l’université d’été de la CGEM les 28 et 29 septembre 2018, «MHE» a fait sensation dans son intervention. Volontiers provocateur, il n’a pas eu de mots tendres pour les patrons et pour tout le monde d’ailleurs. Il s’en est ainsi pris avec des phrases chocs contre le «négativisme ». Il a fait référence à un certain état d’esprit prévalant encore volontiers à la CGEM avec le lexique: «pas de visibilité», «on ne sait pas où on va …» S’il a concédé que cet état d’esprit se retrouvait dans tous les patronats, il n’en a pas moins relevé qu’il avait une intensité différente d’un pays à l’autre et qu’il était très accentué au Maroc. «Nous savons, nous, aller dans les excès», a-t-il précisé devant un parterre d’opérateurs économiques, de patrons, de dirigeants et de ministres. Il a mis en cause à cet égard ces travers: l’ignorance parfois, l’incompétence, la bêtise ou l’esprit suicidaire … Il a dénoncé «une sinistrose nationale d’exception contaminante» alors «qu’on a encore une économie qui tourne et des gens qui font encore de l’argent».

La réplique de principe qui vient à l’esprit est évidemment celle-ci: «MHE» et d’autres de même surface ne sont qu’une petite minorité qui a pu ou su multiplier son capital; mais la grande majorité, elle, ne pâtit-elle pas d’un climat d’affaires et d’investissement peu attractif, sans parler des dizaines de milliers de PME à la peine qui n’arrivent pas à sortir la tête de l’eau?

En tout cas, pour la première fois, publiquement, «MHE» sort de son périmètre traditionnel pour se risquer dans un autre domaine: celui d’un état d’esprit dépressif où le pessimisme le dispute à un immobilisme de refus de l’action. N’est-ce pas une attitude défensive d’un ministre et, plus globalement, d’un gouvernement paraissant en panne depuis son investiture à la fin avril 2017 et qui n’arrive pas à mobiliser autour d’un projet réformateur, attractif et mobilisateur? Si l’on en est à stigmatiser le «négativisme», c’est que la confiance ne prédomine pas. Le nouveau président de la CGEM, Salaheddine Mezouar, ancien responsable du RNI auquel appartient «MHE», a, dès le départ de son mandat voici quatre mois, insisté sur la nécessité de «rétablir en priorité la confiance des entreprises». Et le climat de confiance ne se décrète pas par des effets de manche ni par des coups de menton mais par des actes: «La confiance a besoin d’actions pour se nourrir», répète toujours le patron de la confédération patronale.

Les indicateurs dans le rouge
«MHE» se défend lui aussi parce que son bilan reste sujet à caution à la tête de son département. Son Plan d’accélération industrielle de décembre 2015 portait une grande ambition pour la période 2014-2020: création de 500.000 emplois; augmentation de la part du PIB industriel de 9 points, de 14% à 23%; enfin, une balance commerciale industrielle équilibrée. «MHE» défend bec et ongles le bon avancement de ce programme alors que cette évaluation n’est pas confirmée, notamment par le Haut commissariat au plan. Pour cet organe dirigé par Ahmed Lahlimi, le compte n’est pas bon, pourrait on-dire, parce que l’industrie perd encore des emplois alors des emplois nets sont créés par les autres secteurs. Les indicateurs restent en effet dans le rouge: taux d’emploi en baisse continue avec 42%, 10 millions de femmes sans travail, taux de chômage national de 10%… Quel impact réel aura le Plan national de l’emploi, qui prévoit 1,2 million de nouveaux postes d’ici 2021, soit plus de 300.000 emplois par an et 27.000 par mois! Grand capitaine d’industrie, «MHE» l’est assurément. Son parcours depuis plus de trois décennies l’atteste suffisamment. Un libéral à tout crin dont, cependant, la fibre sociale reste marginale. Le crédo qui dicte ses «coups» et ses investissements est celui du profit, de la plus-value. Rien d’étonnant que certains l’aient qualifié de «Bernard Tapie marocain». Achat, mise à niveau de l’entreprise, vente… Au sein du parti de la colombe, qu’il a rejoint en 2013, il ne s’inscrit pas vraiment dans le canal historique social-démocrate du parti fondé par Ahmed Osman voici quatre décennies. Il relève du courant «hard», assimilé au capitalisme sauvage où la question sociale n’a qu’un intérêt résiduel.

Peu ouvert, semble-t-il, au dialogue social, c’est un fervent partisan de la flexibilité de l’emploi, encore baptisée «flexisécurité». La question d’un pacte social à redéfinir pour préserver et conforter la cohésion du tissu national ne semble pas davantage être au centre de ses préoccupations. Si bien que certains, notamment du côté du CESE (Conseil économique, social et environnemental) -dans un rapport de décembre 2017– doutent de la soutenabilité de son modèle industriel, qui présente des «zones de danger» si un virage stratégique et maîtrisé n’était pas apporté à sa politique actuelle. Il a en tout cas innové avec le modèle des «écosystèmes» et d’autres axes, mais les freins qui subsistent concernent l’organisation institutionnelle du secteur industriel (programme des parcs industriels, formation, chantiers transversaux,…).

Habillage de circonstance
«MHE» est sans doute une locomotive, un «bulldozer » occupant le devant de la scène médiatique et même politique. Mais, à la différence, par exemple, d’un profil comme celui de Aziz Akhannouch, évoluant dans le même champ économique et financier, il n’a aucun goût pour la politique, ni pour son personnel ni pour les partis. Son parrainage par le RNI, voici cinq ans, n’était qu’un habillage de circonstance. Il traduit bien, en dernière instance, la connexion entre le public et le privé, entre l’État et les affaires. Une illustration supplémentaire de la privatisation de la politique. Ce n’est évidemment pas propre au Maroc, mais une telle équation assèche d’éventuelles ferveurs militantes –comme par le passéet marginalise la fonction de sélection des élites assignée aux partis politiques. Un «MHE», ça suffit? Ou des dizaines comme lui?


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